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Ma photographie d'illusion

J'ai toujours voulu me départir de l'image que l'on se faisait du PHOTOGRAPHE, simplement parce que ce métier ne représentait pas une activité sérieuse auprès du public et des amateurs ou professionnels de l'art.
A l'origine, Il existait une véritable mise en scène de la prise de vue, donnant à l'opérateur une apparence théâtrale, voir de metteur en scène. L'apparence de l'artiste se transformait en un spectacle; costume et cape avec " Lavallière " sous son voile de tissus noir derrière sa chambre, scrutant l'image inversée sur son dépoli. Prêt à bondir munie de la poire de l'obturateur, Il tenait de l'autre main, le manche de l'artifice qui servait d'apport lumière. Certains se préparaient à saisir et à remettre un bouchon sur l'objectif, en de multiples mouvements avec une élégance particulière, afin de réguler la pose adéquate. La pose, qualifiée de véritable épreuve pour les portraits, se terminait par un petit oiseau fictif qui se devait brusquement virevolté devant l'objectif.

Pour ma part, j'essaye de me faire le plus discret possible lors de ma prise de vues afin de capter de ce que je pense " essentiel " La particularité de mon travail est de figer une certaine spontanéité sans pour autant verser dans le reportage. Ce qui m'intéresse avant tout, c'est de porter mon regard sur le plus petit détail qui une fois révélé affirme son contexte et donne au sujet une dimension peu habituelle. Ce qui me permet de rendre plus vivante la photographie finalisée.

L'image figée et composée n'est plus une œuvre à part entière mais une multitude de visions qui peuvent être décryptées en multiples histoires. Elle se fait et se défait comme un puzzle.
La vue floue d'un ensemble est tout à coup mise en valeur par la construction de points et lignes, de lumière et de contraste, de gris ou de couleur, de formes ou d'espace. C'est cette infinité de détails qui reconstruit une image sans cesse renouvelée par l'interprétation qu'on en fait.
L'image " instantanée " prise au piège de la boîte magique m'appartient tant qu'elle est en latence, l'élan qui me pousse à déclencher en un cadrage souvent hésitant m'apporte l'envie toujours plus présente d'une création particulière et personnelle. C'est ensuite qu'une fois l'image révélée, la représentation qui en est faite ne m'appartient plus.

Ce qui compte avant tout pour ma perception de l'image, c'est le premier regard très ciblé sur ce qui me paraît être le plus attirant, le plus percutant. C'est ce qui m'entraîne à naviguer dans l'image, en rendant la vision de l'ensemble comme une éternelle découverte.
En une composition de mots, tous les éléments de la photographie forment une œuvre originale qui la rend singulièrement intemporelle ou anachronique.
Ce n'est pas tant l'œuvre ainsi montrée qui a de l'importance, mais le geste qui provoque l'envie. Ce que je recherche avant tout, c'est à chaque instant de donner un sens à ce qui paraît banal, un sens à ce qui en est dépourvu, une illusion à ce qu'on nomme réalité.

Rien ne peut s'affirmer, tout est à découvrir. Il suffit simplement de se laisser surprendre.
Ce n'est pas tant qu'il faille se mettre en valeur, pour être connu ou reconnu, pour s'inscrire dans une quelconque postérité, ce qui compte avant tout pour moi, c'est donner un sens à la vie sachant qu'elle n'en a fondamentalement aucun.

Seul alors le photographe que je suis, se transforme en un illusionniste voyeur et voleur pour permettre à l'élément cadré sa mise en valeur.
Une forme et un sens apparaissent ce qui forme pour chacun : un point de vue.

Jean-François Laborie . Sucy en Brie le 10 mars 2008

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